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N° 18

Chawqi Abi Chaqra

Les voisins me prennent pour un astre

 

 

- Je naquis d’un basilic. Je courus dans le plat de mes traces.

- Un clou dans mon soulier et une épine dans ma barbe, c’est tout ce que je possède.

- J’ouvre l’ombrelle et les bouteilles. Je patine sur toute la géographie.

- Je passe l’été dans le cou d’une girafe.

- Les claquements de l’air m’ont asséché.

- J’avale à jeun le phoque et les piments forts.

- On me plante dans un panier. Je vais aux noces.

- Je mange les prépositions et les points d’interrogation.

- Je répare les trains. Les bagages et les cartes d’invitation tombent sur l’épine de mon dos.

- Je brille sans être or et sans être pape.

- J’éternue et tous les boutons des barils sautent en même temps.

- La pierre n’engendre pas des enfants.

- La fourmi est une olive, une dame, un tapis, un yacht et deux piastres et demi.

- L’oiseau est un piano.

- J’échouai aux élections municipales et mon épaule gauche a bleui. J’ai lu le journal à l’envers.

- J’allume le chauffage avec des ciseaux.

- La figue est la maîtresse du kurde. La prune est un bouton de veste de cardinal.

- Je me retourne dans mon pyjama, et mes voisins me prennent pour un astre. - Tel un tailleur, je sens les épingles.

- J’ai perdu mon porte-monnaie. Il contenait un mouton, un escargot et cinq sous.

- Un feu éclata dans mon œil. Les locataires et les gendarmes prirent la fuite.

- J’ai laissé le livre ouvert. Les ennemis, les tigres et le juges tombèrent dedans.

- Je nage dans la jarre.

- J’ai une collection de cochons, de papillons et de frites.

- Mon oncle paternel ronfle. Il lit les rêves. Il aime sa femme comme un oignon.

- Mon oncle maternel est un ivrogne. Il écrase des scorpions sous ses bottes.

- De temps en temps, je sors mon cœur et le pose sur ma table de nuit comme un réveille-matin.

- Ma tête en cognant le plafond a éteint l’électricité.

- Je passe une nuit blanche à la fenêtre, causant avec l’amie A et Madame Z.

- Au rez-de-chaussée habite une oie, au second une mouche, au troisième un pois chiche. Nous occupons le dernier étage.

- « Lionceau » est un rossignol, non un homme.

- Je pince ma fiancée. Elle donne à la Croix-Rouge son sang qui gicle.

- Avec un briquet j’invente la lumière. J’espionne. Sur la peau de l’ours, j’écris le feu. Je vole ses moustaches.

- Les grenouilles n’ont jamais sommeil. Des nuits entières, elles jouent aux cartes.

- Je partage avec l’accent circonflexe la tête du A.

 

 

(Poète libanais né à Beyrouth en 1935, Chawqi Abi Chaqra est l’un des pères fondateurs de la poésie arabe moderne).