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N° 18

Repères

Jilali Gharbaoui survivant à sa disparition 

          Jilali Gharbaoui (1930-1971)

"La quête de la lumière est pour moi capitale.

La lumière ne trompe pas. Elle nous lave les yeux"

  

Ce fait étrange parce que unique dans les annales de la peinture marocaine : avec Jilali Gharbaoui (1930-1971), jamais artiste peintre n’aura autant « survécu » à sa disparition près d’un demi siècle après.

Rétrospectives, accrochages à Rabat, Casablanca… avec accompagnement médiatique en règle, autant de manifestations qui reviennent depuis, en hommage à l’artiste et son œuvre.

L’explication, est-ce uniquement le fait du mérite indéniable de cette œuvre artistique majeure (son initiateur étant considéré, à juste titre, comme le précurseur par excellence de l’art abstrait au Maroc, l’art de rupture en ce qu’il pourrait avoir de singulier, d’éruptif et de résolument neuf) ?

Ou alors serait-ce juste-là une simple question de gain (au sens large du terme, d’autant que c’est tellement  vendeur, un artiste « maudit » et qui plus est,  « présentant bien » de par le vécu qui fût le sien - enfance douloureuse très marquante, tempérament instable, deux tentatives de suicide, crises de folie, séjours psychiatriques, abus d’alcool et de psychotropes, braderie de ses œuvres, enlisement, solitude…) ?

Et si un tel intérêt n’était en fait que l’expression d’une certaine repentance, plus ou moins avouée, de cette frange si « savante » de la société, qui avait tant fait de mal à l’artiste en l’ignorant superbement de son vivant, alors que le gotha parisien (les Restany, Carpentier, Michaux…) l’avait déjà admis en son sein et consacré comme tel ?

Et si, et si…

Jilali Gharbaoui retrouvé gisant sur un banc public du Champ-de-Mars à Paris, un matin d’avril 1971, son corps sera rapatrié au Maroc et inhumé à Fès.

Aziz  Zaâmoune