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N° 18

Fatéma Mernissi

 

Fatéma  Mernissi

Fatéma, j’attends la nouvelle préface, tu avais dit novembre 2015 ! Nous sommes le 30 novembre et je n’ai toujours rien ! Alors que je ne m’expliquais pas ce retard, qui te ressemblait si peu pourtant, toi, tu devais souffrir avec ton élégance naturelle, c’est-à-dire seule, sans déranger, sans te plaindre surtout ! Je pensais te connaître, me targuant de faire partie de ta garde rapprochée, j’étais ton amie, je le sentais, d’ailleurs je pouvais compter sur toi, n’importe quand ! Vue de dehors, tu semblais très entourée, mais c’est toi qui nous relançais, toi toujours à l’écoute : tout entendre pour essayer de comprendre le monde, les gens, d’où qu’ils soient, de l’autre côté de la planète ou du trottoir d’en face. Régulièrement tu réunissais différents groupes de travail chez toi. Nous entrions dans ce décor, chaleureux, immuable, excepté les piles de livres qui grossissaient au fil du temps. Tu demandais à chacun(e) de se présenter car il y avait toujours des nouveaux que tu savais si bien mettre en confiance. Tu nous distribuais moult coupures de presse, couvertures de livres, magazines. Nous avions tous droit à notre photocopie (le buraliste de la place de Bourgogne doit déjà regretter profondément ton absence, quand on sait le lien privilégié que tu tissais avec chacun). Nous repartions, lourds de nouvelles cartes de visite, de photocopies couleur, de kilos en trop (tu nous gavais de harcha, de rghayef, de thé chaud, comme une mère nourricière), mais avec une belle dose d’énergie pour continuer à affronter la vie ! Reconnaître ta valeur et ton apport intellectuel nous a rendus fiers et prouvait notre perspicacité, notre clairvoyance. Tu te situais au-dessus de la mêlée, tu savais promouvoir celles et ceux qui étaient à ton contact ! Maintenant Fatéma nous sommes dans la désespérance, abandonnés, nous avons perdu notre Diva nationale que dis-je internationale, traduite en 26 langues dont le chinois et l’ourdou, notre fierté ! Wikipédia, Google sont là pour répertorier ce que tu as apporté à la société, moi je voulais juste témoigner de ton humanité : ta grandeur pleine d’élégance.

Layla B. Chaouni

http://www.lefennec.com/auteurs/view/248